Habiter le territoire
Une maison landaise, inspirée de formes et de savoir-faire locaux, construite avec du bois, de la terre et de la paille :
1. Comprendre le lieu
Le projet se situe à Léon, dans les Landes, au sein d’un territoire où l’architecture vernaculaire reste encore très présente. Dans le village et ses alentours, les maisons à pans de bois et à colombages témoignent de manières de construire adaptées au climat, aux ressources disponibles et aux savoir-faire locaux.
Les remplissages ont évolué au fil du temps : briques maçonnées horizontalement, disposées en « barons » ou en « fougères », puis différents types de torchis. Ces architectures racontent un territoire autant qu’elles répondent à ses contraintes.
Construire une maison neuve ici, c’était chercher une manière de s’inscrire dans cette histoire sans chercher à reproduire la ferme landaise de Marquèze à l’identique. Le projet s’inspire de l’architecture landaise traditionnelle tout en étant adapté au terrain, aux usages et aux exigences environnementales et thermiques contemporaines. L’implantation, l’orientation et les volumes de la maison ont ainsi été pensés en relation avec ce qui était déjà là.
Construire dans les Landes, c’est aussi composer avec un climat humide et une pluviométrie importante. Envisager l’emploi de matériaux biosourcés — bois, terre et paille — dans ce contexte a demandé une conception exigeante, assurant « de bonnes bottes et un bon chapeau » à la maison.
2. Dessiner la maison
La maison a été dessinée à partir du terrain, de son orientation et des usages projetés. L’organisation des pièces, les volumes et les ouvertures ont été pensés ensemble, en relation avec ce qui était déjà là, notamment les chênes.
Le projet a d’abord pris forme en plans, puis en maquette 3D et en perspectives. Ces outils ont permis de tester les proportions, les volumes, mais aussi d’anticiper les contraintes techniques de ce mode constructif.
Dessiner une maison que l’on va construire soi-même oblige à regarder autrement les détails. Les dimensions des bois, les assemblages, l’épaisseur des murs, la mise en œuvre du torchis ou encore celle de la paille ont progressivement trouvé leur place dans un système constructif sur-mesure.
La conception ne s’est donc pas arrêtée au permis de construire. Elle s’est poursuivie au fur et à mesure que le projet devenait concret, avec les matériaux, les outils et les gestes de construction.
3. Une maison commence par sa charpente
Dans une maison à colombages, la structure dessine directement les espaces et les façades. Ici, la charpente a donc été pensée dès les premières étapes du projet, comme un élément fort de l’identité de l’architecture landaise.
J’ai dimensionné la charpente et ses assemblages en tenant compte des bois disponibles et de la manière dont ils seraient travaillés et assemblés. Le choix des essences s’est porté principalement sur le chêne vert des Pyrénées et le pin des Landes, deux essences que l’on retrouve souvent mixées dans les maisons anciennes.
La charpente traditionnelle demande de passer du dessin au trait, puis du trait à la matière : épure, piquage, traçage, taille et enfin levage. Chaque pièce est préparée pour trouver sa place dans l’ensemble, avec des assemblages en tenons et mortaises qui permettent à la structure de se monter progressivement comme dans un jeu de construction.
Le pan de bois a également dû être pensé en relation avec les autres matériaux, notamment l’épaisseur nécessaire à l'isolation en paille et la mise en œuvre du torchis. La structure n'est donc pas seulement ce qui porte la maison : elle organise aussi la manière dont les différents matériaux vont venir prendre leur place.
4. Remplir les colombages
Dans les maisons landaises anciennes, les colombages ont connu différents types de remplissage. La terre et la paille ont longtemps été utilisées sous forme de torchis, avant que la brique ne se généralise dans certaines constructions. Ces remplissages répondaient aux ressources disponibles et aux techniques de construction du territoire.
Pour cette maison neuve, j’avais envie de retrouver ce principe avec une terre disponible localement. Mais les terres argileuses sont aujourd’hui difficiles à trouver dans le secteur, où les sols sont souvent très sableux. J’ai donc contacté plusieurs terrassiers afin de trouver une terre d’excavation appropriée pour être transformée en torchis.
La terre est finalement venue d’un chantier situé à Saint-Julien-en-Born, où elle avait été extraite lors du terrassement d’une piscine. Environ 8 m³ ont été livrés sur le chantier. Avant de la mettre en œuvre, j’ai réalisé différents essais pour observer sa cohésion et déterminer comment elle réagissait au mélange avec la paille de blé.
Le mélange est mis en oeuvre sur un clayonnage contemporain, autrement dit un lattis fixé à la structure en colombage. Le torchis est ensuite posé en une seule couche et façonné directement à la main. Le geste est simple, mais sa mise en œuvre demande de composer avec une matière vivante, dont la texture et le comportement évoluent au cours du séchage.
Faire entrer du torchis dans une maison neuve, c’est finalement renouer avec une manière de construire ancienne tout en l’adaptant aux contraintes d’une construction contemporaine.
5. Une maison landaise bien isolée
Si la maison reprend certains principes de l’architecture landaise traditionnelle, sa conception répond aussi aux exigences de confort d’une maison contemporaine.
L’épaisseur importante des murs permet d’associer plusieurs matériaux aux rôles complémentaires. Les bottes de paille assurent l’isolation, tandis que la terre, utilisée notamment pour les enduits intérieurs, apporte de l’inertie et participe à la régulation de l’humidité.
À l’extérieur, le torchis vient prendre place dans les colombages. Au-delà de son rôle de remplissage, il participe au comportement hygrothermique de la paroi et contribue au déphasage thermique. La paille, la terre et le bois ne sont donc pas envisagés séparément, mais comme les éléments d’un même système constructif.
La forme de la maison participe elle aussi au confort. Son orientation a été pensée en fonction de la course du soleil et des arbres présents sur le terrain. Les débords de toiture ont été dimensionnés pour laisser entrer les rayons du soleil en hiver et protéger les façades des fortes chaleurs en été.
L’objectif était de retrouver une maison qui s’inscrit dans une architecture locale tout en bénéficiant des qualités d’une construction actuelle : une enveloppe bien isolée, des matériaux perspirants et une conception attentive au climat.
6. Construire à plusieurs
Construire cette maison, c’est aussi une histoire de personnes. Au fil du chantier, de nombreuses mains ont participé au projet : proches, amis, artisans et personnes venues découvrir ou apprendre certaines techniques.
Certaines étapes ont été réalisées à plusieurs, parfois parce qu’elles nécessitaient d’être nombreux, parfois simplement parce que le chantier était aussi l’occasion de partager un moment et un savoir-faire.
La mise en œuvre du torchis en est un bon exemple. Des participants rencontrés par l’intermédiaire de Twiza sont venus prêter main-forte sur le chantier. Ensemble, nous avons préparé la terre, mélangé la paille et rempli les colombages, chacun apportant ses gestes, ses questions et son expérience.
Ces moments font partie intégrante de la construction. Ils permettent de transmettre des savoir-faire, mais aussi d’apprendre autrement, au contact des autres et de la matière.
La maison porte ainsi aussi la trace de celles et ceux qui ont contribué à la construire.
